Carte brune CEDEAO : près de deux millions d’attestations au Sénégal, l’indemnisation reste trop lente
L’assurance automobile régionale change d’échelle et passe au tout-numérique. Mais il faut toujours quatre ans en moyenne pour indemniser une victime, et 2 milliards de FCFA d’arriérés restent à apurer entre pays.
Instrument discret mais essentiel du commerce régional, la carte brune CEDEAO change d’échelle. Au Sénégal, le nombre d’attestations délivrées a été multiplié par près de sept en deux ans, et les assureurs ont acté à Dakar la fin du papier. Le grand chantier reste celui des délais d’indemnisation.
Un « passeport » d’assurance pour la route
Instaurée dès 1982 par les chefs d’État ouest-africains, la carte brune étend la garantie de responsabilité civile automobile à l’ensemble de l’espace communautaire. Concrètement, un camion immatriculé au Sénégal qui cause un accident au Mali, ou un véhicule gambien impliqué dans un sinistre à Dakar, est couvert comme dans son pays d’origine. Au Sénégal, elle est adossée automatiquement aux contrats de responsabilité civile délivrés par les 15 compagnies d’assurance dommages du marché.
Près de deux millions d’attestations en 2025
La progression est spectaculaire : 287 833 attestations délivrées au Sénégal en 2023, 1 003 452 en 2024 et 1 973 500 en 2025, selon les chiffres publiés par Le Soleil. Une croissance qui suit la généralisation de la carte aux contrats automobiles.
Les indemnités versées aux victimes sur le sol sénégalais ont atteint 363 millions de FCFA en 2023, 245 millions en 2024 et 329 millions en 2025. Au 31 décembre 2025, le pays comptait 1 883 dossiers de sinistres en cours. Les corridors les plus accidentogènes sont ceux qui relient le Sénégal au Mali, véritable poumon du fret marchand, à la Gambie et à la Guinée.
Le tout-numérique acté à Dakar
Réunis à Dakar du 19 au 22 octobre pour la 42ᵉ assemblée générale de la Carte brune CEDEAO, les assureurs ont acté le passage définitif à l’attestation dématérialisée. « En 2026, nous sommes définitivement sortis de l’ère du tout-papier », a résumé Habib Dia, président sortant du Conseil des bureaux nationaux. Au Sénégal, la Police nationale et la Fédération sénégalaise des sociétés d’assurances déploient l’application « Sama assurances », qui permet de vérifier instantanément la validité d’une couverture lors des contrôles routiers.
Le point noir : quatre ans pour être indemnisé
Les progrès techniques ne masquent pas les lenteurs. Le délai moyen de traitement et de règlement effectif d’un dossier atteint quatre ans, et l’arriéré de règlements croisés entre le Sénégal et les autres bureaux nationaux s’élève à 2 milliards de FCFA. Pour les sinistres de 3 millions de FCFA ou moins, le Bureau national sénégalais indemnise désormais directement, en moins d’un mois une fois le dossier complet, selon son président El Hadj Amar Kébé.
La feuille de route adoptée prévoit de généraliser l’e-carte à l’échelle sous-régionale, d’apurer les 2 milliards de créances et de réduire les délais de traitement. L’équipement automatisé des postes-frontières n’en est encore qu’à ses débuts.
L’analyse de Seneco
Pour les transporteurs et les commerçants, la carte brune est une condition du commerce régional : sans assurance reconnue de l’autre côté de la frontière, chaque accident peut immobiliser un camion et sa cargaison. La dématérialisation est une avancée réelle. Mais tant que l’indemnisation prendra des années, la confiance des usagers restera fragile. L’apurement des arriérés entre bureaux nationaux sera le vrai test de la réforme.
Source : Le Soleil, 30 octobre 2026.




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